Juliette, paludiere a Batz-sur-Mer

Par Clémence 25 septembre 2018

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Juliette est douce, posée, souriante mais Juliette est aussi volontaire, tenace, décidée. Médiatrice du patrimoine au musée des marais salants à Batz-sur-Mer pendant 2 saisons, elle a le sentiment de ne pas vivre pleinement sa passion. Alors Juliette voyage dans des contrées lointaines, elle tergiverse, se remet en question et revient à bon port. Elle prête main forte à sa maman, devenue paludière sur le tard après une reconversion professionnelle, et le déclic se fait.

 

La volonté

Juliette déploie alors une énergie folle et dans la foulée, elle se forme au métier, entreprend un stage, cherche une formation, décide d’avoir un statut d’indépendant.e (pour le moment) et démarche pour trouver des marais à exploiter. Elle l’avoue elle-même, du moment où elle a choisi sa voie, tout a été très vite et presque sans encombres. Pourtant, quand elle raconte son histoire, la complexité des démarches surprend l’interlocuteur, ce métier n’est pas à la portée de tous ! C’est à Batz-sur-Mer et plus précisément à Kervalet, petit village de pierres et de traditions, que Juliette déniche 16 oeillets à exploiter. Une « petite » surface pour un paludier mais un bon début pour faire sa première saison. Et il faut la voir en ses marais pour comprendre à quel point elle ne s’est pas trompée de vocation.

Crédit photo : la Nazairienne

Crédit photo : la Nazairienne

 

Le hasard

Le jour de la visite, je la rencontre dans un paysage au camaïeu de kakis, moucheté ça et là de salicorne pourpre. Les mulons (tas de sel) qui reflètent les rayons du soleil  donnent du relief et de la symétrie à l’ensemble. Parfois un héron ou une aigrette figé dans un oeillet se meut et fait connaître sa présence, sinon le silence alentour est serein, pas pesant. Juliette travaille à ciel ouvert, la météo dicte ses journées, le soleil et le vent sont des mentors impitoyables puisqu’il faut des conditions particulières pour que le sel cristallise à la surface. C’est un métier ou rien n’est acquis, le travail y est laborieux et physique mais c’est un métier de communion avec les éléments.

 

Crédit photo : La Nazairienne

Crédit photo : La Nazairienne

 

La pratique

Juliette l’équilibriste, ondule entre les petits ponts qui séparent les oeillets. D’un oeil expert et de chimiste, elle inspecte l’état des salines, rajoute un peu d’eau dans ses oeillets, mesure à l’instinct la salinité de l’eau, elle jauge, elle juge, harmonise. Pour la néophyte que je suis, cela semble tellement complexe ! En fin de journée, une fois que la fine surface de l’eau semble par endroits revêtir une couche opaque de verre poli, Juliette prends le las (sorte de pelle en bois qui racle la surface de l’eau) et entame la danse des paludiers. Les gestes sont immuables, ancestraux, rien n’a changé depuis des siècles si ce n’est la matière du las, plus flexible qu’au temps jadis. Avec une précision d’orfèvre, elle ramène vers elle ces cristaux étincelants comme le mica des rochers, et le bruissement que cela fait rappelle celui du sable malmené par les vagues. La brouette en bois est peu à peu lestée du butin, prête à faire grossir le mulon.

 

Crédit photo : "Kika"

Crédit photo : « Kika »

 

Le quotidien

Ce métier demande tellement de dévouement et d’implication qu’il est compliqué pour Juliette d’organiser sa vie de façon chronométrée hors des marais. Le soleil et le vent décident pour elle de son emploi du temps. C’est une sorte d’engagement sans garantie que la relation soit harmonieuse malgré les efforts constants. Qui parierait sur le hasard pour construire sa vie professionnelle ? Qui miserait sur l’incertain pour en faire un socle de sa vie ? Juliette est de celles qui croient en l’avenir et foncent pour contrarier les statistiques. Un modèle femme dans un univers somme toute assez masculin.  

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La transmission

En fin de journée, le bouquet d’oeillets reflète en sa fine surface les nuages qui filent à toute allure comme projetés sur un drap blanc. Le clocher de l’église de Batz-sur-Mer et les dunes de sel nappées d’un châle noir dominent l’horizon plutôt ras. Nous sommes en plein coeur de l’Histoire de notre territoire, des terres argileuses et une poignée de femmes et d’hommes assez courageux pour avoir permis des siècles durant, la transmission d’un savoir qui continue à vivre. Merci à Juliette pour ce moment hors du temps ! 

Pour contacter Juliette directement pour une visite de ses salines ou de la vente directe : juliette.breus@free.fr

Crédit photo : Juliette

Crédit photo : Juliette

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