Mystères à Saint-Nazaire – La pêcherie fantôme, partie 1

Par Clémence 18 octobre 2018

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La pêcherie fantôme – Conte Nazairien

 

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Squelette sortant des flots, mirador scrutant le levant, vigie protégeant la côte, elle dégage encore une certaine prestance. Elle a pourtant perdu de sa superbe et fait penser à ces vieux gradés plus capables d’aller au combat mais dont l’orgueil est la seule chose qui ne se soit pas tarie.
La pauvre pêcherie décharnée semble prête à céder sous le poids des avaries. Une bourrasque plus forte que les autres, un ressac plus fougueux et hop à la flotte, l’écume pour linceul, la mer pour tombe-eau.
Impossible d’y accéder, le petit chemin de bois qui y menait a disparu depuis belle lurette. Seule subsiste sa structure de béton armé. Les 4 piliers qui la maintiennent encore debout semblent profondément ancrés dans le sable, recouverts jusque’à une certaine hauteur d’algues vert pomme qui dédramatisent quelque peu son allure.
Affres du temps, abandon, manque d’entretien… Voilà ce qui vient à l’esprit du promeneur quand il croise la pêcherie fantôme sur le chemin côtier, non loin du phare d’Aiguillon. Pourtant la vérité est toute autre et je m’en vais vous la conter parce que le rêve et la réalité sont deux pendants indissociables. On passe sans cesse de l’un, à l’autre alors que la véracité d’une pensée peut-être multiple. Le tort et la raison sont deux amants terribles, ils sont comme aimantés, liés à jamais et pourtant incompatibles.
Gardez l’esprit ouvert pour l’histoire qui va suivre et respectez l’interprétation du protagoniste, je ne fais que transmettre une version qui détient sa part de véracité, aussi farfelue puisse-telle paraître pour certains.

 

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« Cette pêcherie appartient à ma famille depuis toujours pourrais-je dire. Ce sont mes aïeux qui l’ont construit dans les années 1920 ou 1930, je n’ai pas pu retrouver la date exacte mais des photos existent encore. Sur celles-ci on aperçoit des femmes et des hommes qui y passent un bon moment, vêtus à la mode de cette époque. Depuis, elle s’est transmise comme on transmet un bijou de famille précieux, de génération en génération, jusqu’à mon grand-père qui en fut le dernier propriétaire. Si on devait définir un objet ou un habitat pour décrire quelqu’un, je ne pourrai le dissocier de cette pêcherie. Elle était comme son prolongement tant il y passait des journées entières, sans avoir au préalable consulté l’horaire des marées, les coefficients dictant son quotidien de retraité ! 
Pourtant, la pêche n’était pas miraculeuse, il remontait dans son carrelet davantage d’éperlans que de loups de mer ! Une fois c’est un obus datant de la seconde guerre mondiale qu’il a repêché et de cela, on en parle encore à nos tablées de cousins. Déjà à l’époque de mon grand-père, la pêcherie avait une allure rustique, n’était pas spécialement entretenue mais sa fonction première de « pêcherie » fonctionnait parfaitement.
J’imagine qu’à ses yeux, cette pêcherie était sa part d’évasion, une sorte de bateau-pirate face à l’Atlantique même si l’embarcation est toujours restée à quai… Il entretenait une relation tellement particulière avec sa pêcherie que personne n’avait trop le droit d’y monter, encore moins nous alors enfants. Et quand par miracle il concédait à nous y autoriser, il fallait faire attention à tout : ne pas tomber à l’eau, ne pas toucher à ceci ou cela, ne pas faire trop de bruits pour peu que l’on fasse fuir un banc de bars… Les contraintes étaient telles que toute la famille finit par ne plus insister pour l’accompagner et avec mes cousins nous dirent adieu à ce promontoire vers les Amériques, cette cabane flottante qui nous apparaissait comme un formidable terrain de jeu…. Et puis un jour, je devais avoir 21 ou 22 ans, un drôle de phénomène s’est produit… »

 

À SUIVRE !

 

 

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Ceroni 18 octobre 18 22:00:33

Bravo , je dois admettre que tu as une très souple écriture, poétique, fluide, presque légère
J'attend la suite avec impatience

Amicalement