Sécurité, être une femme à Saint-Nazaire ça craint ?

Par Clémence 28 mai 2018

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J’avais commencé à rédiger cet article sous un angle professionnel et puis les circonstances ont fait que j’ai changé mon fusil d’épaule pour l’orienter vers la question de la sécurité.

Une des particularités de Saint-Nazaire est que c’est une ville à forte empreinte masculine. Le côté industriel (chantier naval, Airbus…) draine une main d’oeuvre constituée majoritairement d’hommes. Pas de problème mais dans l’inconscient (ou non) collectif, la commune a la réputation de ne pas être « secure » pour les femmes. Les premiers mois de mon emménagement ici il y a 3 ans et demi, j’allais faire mon footing la nuit sur le front de mer. Je ne voyais pas où était le problème parce que j’avais vécu une dizaine d’années à Paris et qu’il y a toujours du monde dehors à toute heure ou presque. Quand j’ai parlé de mes exercices nocturnes à des joggeuses averties (et nazairiennes), elles m’ont mis en garde : « non mais t’es folle, tu vas te faire agresser ! ». Sincèrement je n’ai jamais eu de problème mais après ces recommandations, j’ai cessé mon jogging nocturne. Par la suite ce genre de remarques sur la sécurité est revenu très souvent de la part de Nazairiennes et de Nazairiens.

 

Le facteur chance

L’année d’après en 2015, je travaillais à Nantes avec des horaires me faisant terminer le travail à 22h, juste le temps de prendre le dernier train de 22h22 pour Saint-Nazaire. Arrivée à la gare à 23h et des pâquerettes , il n’y avait plus de bus, mon conjoint vivait à Rennes, je devais rentrer chez moi à pieds (25 minutes) et les autres voyageurs à descendre du TER étaient des hommes à 95%. Je me retrouvais donc à marcher seule avenue de La République avec une poignée d’hommes sur mes talons. Je repérais les éventuels commerces encore ouverts en cas d’éventuel souci (l’épicerie qui fait l’angle, le kebab…). Là encore, je n’ai pas rencontré de problèmes majeurs, j’ai été abordée 1 fois ou 2 fois mais plus dans une optique de drague que d’agression (même si j’en conviens, c’est souvent déjà trop…). Je ne compte plus non plus les fois où je suis rentrée seule d’un bar en pleine nuit sans avoir été importunée. J’ai aussi la chance de vivre en centre-ville et non en rase campagne, le commissariat n’est pas très loin de chez moi et je sais qu’il y des caméras à quelques coins de rues.

Ce qui est déprimant est que je me sente « chanceuse » qu’il ne me soit rien arrivé alors que je devrai trouver cela normal !

 

Cartographie du sexisme urbain

Sans qu’il ne me soit donc rien arrivé de « notable » je pourrai tout de même dresser une cartographie des lieux à risque : le chemin côtier, la sortie du Carrefour Ville-Port, la gare, la place de l’Hôtel de ville, la place de l’Amérique Latine, le parking la nuit du Ruban Bleu… Là encore pas d’agression physique mais souvent verbale. Des tentatives parfois maladroites d’un rapprochement mais à quel moment le mec se dit  « bon cette fille est seule sur le chemin côtier désert, c’est certain qu’elle va m’accueillir à bras ouverts si je l’aborde ! ».  Manque de jugeote ou opportunisme déplacé ?

 

C’est normal, on est à Saint-Nazaire…

Et puis vendredi dernier, la « chance » a tourné. Je ne peux pas en parler en détails puisque j’ai déposé plainte et que ce texte pourrait se retourner contre moi pour diffamation ou autre (tant pis). Mais l’impuissance a ses limites et la réponse à une agression ne peut pas être : « bah c’est normal, on est à Saint-Nazaire ! ». J’ai senti une sorte de fatalité quand j’ai contacté les services appropriés. Pas d’arrestation, pas même une tentative pour rencontrer ou confronter l’agresseur… Il aurait fallu que j’ouvre en pleine nuit la porte au dégénéré (alcoolisé et qui tentait de défoncer ma porte après avoir éteint mon compteur électrique), qu’il m’en colle une et là ok, les choses auraient pu avancer. Je passe sous silence les autres actes sordides qui ont étayés toute la soirée avec l’intervention par 2 fois des forces de l’ordre… En revanche, lors de mon dépôt de plainte, j’ai été reçue au commissariat par une femme qui a pris au sérieux les faits de la veille et m’a bien expliqué la procédure. Néanmoins je ne peux pas me contenter du « c’est normal, on est à Saint-Nazaire » comme explication et dédouanement à un comportement violent. La (mauvaise) réputation d’une ville n’est pas un bouclier dissuasif et disculpant pour adouber l’inacceptable.

 

 

 

 

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Alex 28 mai 18 21:08:11

Hello,
Très étrange de tomber sur cet article a ce moment là.
Story time, ça fait 3mois que j'habite à Saint-Nazaire. Avec mon background en Ecole d'ingénieur, la gente masculine ne m'a jamais fait peur, j'ai toujours eu l'habitude. En stage à Airbus, tout pareil, 2 filles dans mon open space, 0 problèmes.
Certes des remarques de temps en temps "la secretaire" par exemple, rien de dangereux.
Et samedi soir petit barbecue entre amis, on se décide de sortir voir ce qu'il se passe. L'alcool aidant, on arrive devant une boîte, j'arrive à rentrer sans payer (aucune idée de comment mdr) mais pas mes amis. Je ressors après 10min et je décide de rentrer car la boîte était très glauque. Sur le chemin un homme m'aborde et me prend le bras violemment en me disant je te ramène. Je lui dit de partir et continue ma route. Il m'a suivit pendant 5 longues minutes en continuant de m'accoster et a fini par des insultes. J'ai appelé un ami sur la route pour qu'il m'attende pour rentrer. Je lui raconte mais évite la partie insulte pour ne pas le faire paniquer. En bref, très glauque soyez prudents et prudentes.

Ophélie 30 mai 18 16:53:00

Vous avez raison, ne lâchez rien, rien n'excuse ce genre de comportement. Ni une ville "craignos" ni des vêtements sexy, ni une femme attirante, rien de tout cela ne justifie les désagréments que peuvent subir les femmes.

Jamais eu ce problème et pourtant je marchais beaucoup le soir et la nuit. Les sports de combats etc ça donne confiance en soi et les petits emmerdeurs le ressentent. Je peux conseiller un bon sport (art martial) utile pour la self défense à St Nazaire si vous voulez :)
Si vous avez besoin de soutien n'hésitez pas à me contacter, bon courage dans vos démarches.
Ophélie

Audrey 31 mai 18 10:19:24

Bon courage. Il est nécessaire de se faire aider et accompagner par les amis et par un professionnel. Ne lâchez rien, vous êtes dans le vrai, une femme doit pouvoir vivre en sécurité et être libre. En même temps, restez prudente et demandez des conseils, du soutien : psychologue, médecin, des associations à St Nazaire et sûrement à Nantes.
Merci pour votre blog

Julie 09 juin 18 18:27:30

Bonjour, je suis à Saint-Nazaire depuis quelques années et l'insécurité de cette ville me pèse. J'habite dans le centre et je n'ose pas aller seule au cinéma. Je n'ai jamais été agressée mais j'ai eu le droit à quelques tentatives de" drague" bien lourdes. J'ai une collègue qui ne mettait plus de jupe quand elle allait en ville. Je la trouvais excessive mais je la comprends maintenant. J'ai souvent des remarques quand je mets une robe et des talons au point de demander à mon compagnon si ma tenue est provocante. Le cliché de la fille qui culpabilise alors que ce n'est pas de moi que vient le problème.
Il y a plein de choses bien dans cette ville mais ce centre ville mal famé surtout le soir est un vrai problème selon moi ici.

Lanave 19 octobre 18 19:44:20

Bonsoir les filles !
je suis tombé par hasard sur l'article rédigé par Clémence.Rien d'étonnant, j'ai été gendarme durant 35 ans et malgré tout, en tant qu'homme, je me suis toujours senti vulnérable surtout lors de mes missions. J'ai pu surmonter toutes mes peurs grâce à la pratique intensive des arts martiaux contrairement à mes collègues (même féminines) qui se sentaient invulnérables. Pourtant, j'étais celui qui était devant; pourtant quelques uns de mes collègues ont pris des coups sans pouvoir se défendre. L'important n'est pas de devenir un surhomme ou une Superwomen, l'important est de parvenir à la sérénité et d'être capable de surmonter ses angoisses, ses peurs. Alors, si vous voulez apprendre le "Self Control" et l'auto défense, je reste à votre disposition.
Jean-marc, 59 ans, instructeur Taekwondo et Self défense à LE CROISIC.